"Je suis de la couleur de ceux qu'on persécute !"
Alphonse de Lamartine (1790-1869)
Ecrivain français
Toussaint Louverture
A Monsieur Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur,
A Messieurs les ministres de l’intérieur de l’Union Européenne,
L’une de vos préoccupations aujourd’hui semble être d’endiguer le flux ininterrompu des réfugiés économiques qui assiègent les frontières de l’Union Européenne, réfugiés qui, pour beaucoup, viennent d’Afrique noire.
Nous savions depuis longtemps que la pression était forte et des milliers de cadavres balisent déjà les routes du désert quand les vieux camions rendent l’âme, le détroit de Gibraltar quand coulent les frêles embarcations, ou les autoroutes d’Europe quand on oublie d’aérer citernes ou conteneurs où ils voyagent.
Qu’une route se ferme, une autre s’ouvre... et il va en être ainsi pour longtemps !
Vous pouvez bien affréter ces humiliants charters de « retour au pays » qui blessent profondément l’âme hospitalière africaine, elle qui garde mémoire d’avoir été convoquée pour défendre la mère patrie,
vous pouvez bien mettre une troisième rangée de grillage à Ceuta et Mellilla (Que faisons-nous encore là-bas ?) ou faire disparaître le camp de Sangate,
vous pouvez bien organiser des reconduites aux frontières sous les feux des caméras de télévision, cela rassurera peut-être vos opinions publiques mal informées, mais cela n’arrêtera pas l’arrivée des réfugiés économiques.
Ils arriveront quand même parce que les gouvernements français et européens n’ont jamais vraiment souhaité que les paysans d’Afrique de l’Ouest (80% de la population) puissent vivre du travail de leur terre. Vous refusez d’acheter leurs produits à un prix rémunérateur qui leur donne la possibilité de rester chez eux. Vous refusez d’investir dans l’agriculture familiale qui seule peut fixer les populations chez elles.
Vous avez toujours préféré distribuer de l’aide déstructurante quand il est trop tard et que les plus faibles sont déjà morts. Vous préférez apporter une aide tardive avec vos stocks d’invendus transportés à grands frais, plutôt que de créer un environnement qui permette aux paysans africains de développer leurs propres productions et leurs propres stocks.
Vous déstabilisez leurs marchés avec les faux prix du pseudo marché mondial, que vous bricolez à votre guise (par des subventions ou du dumping). Et vous annoncez à tous cette nouvelle soit-disant vérité : Commerce ultra-libéral = développement.
Alors que nous voyons chaque jour que cette recette ne fait qu’enrichir les riches et appauvrir les pauvres...
Ils arriveront quand même parce que vos collègues chargés du développement l’ont trop souvent réduit à des aides budgétaires ou à des prêts ponctuels favorisant des régimes corrompus à la tête d’Etats où règnent le non-droit, la corruption et le racket permanent des plus faibles. Peu de chances alors de voir les plus jeunes se motiver dans un tel environnement. Ils veulent venir en Europe, et ils viendront.
Ils arriveront quand même parce que, quittant la campagne, ces jeunes ne trouvent dans les villes sous-équipées ni travail, ni considération, ni perspectives d’avenir. Les quelques emplois qui existent sont déjà aux mains d’une minorité qui se les réserve. Restent les seuls chemins de l’aventure que "TV5 monde" fait briller à leurs yeux. Ils rêvent de l’Europe.
Ils arriveront quand même parce que finalement vous en avez besoin
- dans l’agriculture (légumes, fruits et primeurs) parce que la grande distribution, en écrasant les prix, ne permet pas de salarier normalement ceux qui produisent et récoltent,
- dans le bâtiment, parce que les contrats de sous-traitance de nos grands groupes BTP, s’ils favorisent la création d’importants bénéfices, ne permettent pas non plus de rémunérer normalement la main-d’oeuvre de ce secteur,
- et parce qu’il faudra bien remplacer l’importante génération du « baby-boom » qui commence à prendre sa retraite.
Quand la communauté européenne prendra conscience que le monde a besoin de toutes les agricultures du monde,
quand la communauté européenne décidera qu’il est juste et bon que l’Afrique protège ses filières de productions naissantes (agricoles et autres) pour parvenir à la souveraineté alimentaire,
quand la communauté européenne ouvrira vraiment ses marchés aux productions de l’Afrique sub-saharienne pour qu’elle devienne enfin solvable,
quand la communauté européenne renoncera à imposer ses Accords de Partenariat Economique (APE, qui sont en fait des accords de libre-échange) qui vont ruiner ce qu’il reste encore de production locale et appauvrir un peu plus les Etats africains,
quand la communauté européenne cessera de soutenir les " démocratures " africaines,
Alors, Monsieur le ministre, Messieurs les ministres, alors seulement, peut-être, la pression sera moins forte à vos frontières.
Bon courage !"
Bembeya Jazz - "Doni Doni"
Un peu d'Afrique dans tes Yeux...
Un peu de Jazz dans tes Oreilles...
Un peu de Couleurs dans ta Vie...
"... Il n'est jamais trop tard...
... Petit à petit, l'oiseau fait son nid..."
Clip vidéo du mythique groupe "Bembeya Jazz" de Guinée Conakry.
Images extraits du film documentaire "Sur les traces du Bembeya Jazz" d'Abdoulaye Diallo.
(Prod.: Jazz à Ouaga / Semfilms / Africalia 2007 / Vidéo envoyée par gideonvink)
Cette semaine à l’affiche, Ciné Droit Libre, un festival qui offre une scène aux films engagés pour la cause des droits de l’homme et de la liberté d’expression, avec la projection de plus de 25 films ou documentaires en présence d’un réalisateur, d’un journaliste ou d’un militant pour débattre des vraies questions, celles mêmes qui devraient bénéficier d’une audience particulière auprès de ceux qui croient gouverner le Monde…
Festival engagé et original, qui pour sa quatrième édition, se consacre plus spécialement sur la liberté d’expression à travers différentes activités, à travers des mots simples et compréhensibles, tel que l’éditorial du festival le présente : « Liberté d’exercer son métier, liberté pour les journalistes en prison, liberté pour les défenseurs des droits humains, liberté de dire ce que l’on pense, ect. Combien d’espaces de liberté a-t-on perdu ces derniers temps après avoir les acquis à coup de luttes, de morts, d’assassinats, de prisonniers ?
La tenue de Ciné Droit Libre est en soit un acquis, la promotion d’un nouvel espace de liberté d’expression, une liberté de diffusion, une liberté de militer, une liberté de s’engager en faveur de nos droits. Personne d’autre ne pourra mieux défendre nos droits que nous-mêmes. Afin que le monde tourne plus beau, plus droit et plus libre, vibrez aux rythmes des films engagés et chocs, des films inédits suivis de débats animés par des invité de marques. »
Ciné Droit Libre, c’est le témoignage d’Hommes et de Femmes qui se battent au quotidien pour que les Droits de l’Homme soient respectés. Parmi eux, des Hommes déterminés dans la lutte contre l’impunité avec la présence entre autres de Clément Abaifouta, président de l’Association des victimes des crimes et répressions politiques au Tchad, qui emprisonné quelques années par le régime de Hissène Habré, fut obligé par ses bourreaux d’enterrer plusieurs milliers de victimes… http://archive.amnesty.org/library/Index/FRAAFR010012006?open&of=FRA-2AF
Ciné Droit Libre, c’est l’hommage à des journalistes, qui au prix de leur déontologie, prennent des risques, parfois aux fins tragiques, pour défendre la liberté d’expression, comme l’illustre cette matinée spéciale « Liberté pour Moussa Kaka », journaliste Nigérien et correspondant de RFI, détenu au Niger depuis le 19 septembre 2007, au prétexte de « complicité d'atteinte à l'autorité de l'Etat » pour ses contacts avec les rebelles touaregs, pourtant réalisés dans le strict cadre de son métier… http://www.rfi.fr/actufr/pages/001/page_280.asp
Ciné Droit Libre, c’est aussi un autre hommage, celui des femmes déterminées qui soutiennent leur mari journaliste, au risque de les perdre… Suite la projection du film « Guy-André Kieffer, un journaliste qui dérangeait », journaliste franco-canadien, disparu depuis le 16 avril 2004 à Abidjan, le témoignage Osange Silou Kieffer, sa femme, qui raconte avec émotion sa vie, le soutien qu’elle a porté à son mari, qui a risqué sa vie pour lutter contre les injustices. En effet, affirme un témoin, « le sort de Guy-André Kieffer était scellé un an avant sa disparition lorsqu’il a dévoilé le secret d’un troc d’armes contre le cacao », complot international qui touche de près le régime de Laurent Gbagbo dans une « ambiance de Françafrique ». Le combat Osange Silou Kieffer, c’est le combat d’une femme, qui se bat pour que la vérité soit dite sur la disparition de son mari journaliste, qui attend que les autorités françaises exigent du gouvernement ivoirien des réponses à cette disparition, et bien au-delà, qui espère humblement que les relations de la France avec les pays africains soient plus harmonieuses… http://www.guyandrekieffer.org
Ciné Droit Libre, c’est aussi de la Musique pour la défense des droits humains et la création d’espace de liberté. Entre cinéma militant et musique engagée, le combat des artistes musiciens, qui par leurs mots, leur flow et leurs rimes, dénoncent les inégalités et clachent le pouvoir corrompu ! Complicité fusionnelle entre musique et cinéma à travers « Suffering and smiling », film sur Fémi Kuti, qui poursuit l’héritage de son père Féla Kuti, créateur de l’Afrobeat à la fin des années 60, cette musique issue de rythmes traditionnels yoruba, fortement imprégnée de funk, dansante et populaire, déclamant des textes engagés et satiriques. Plusieurs fois jeté en prison et torturé, Fela Kuti ne baissera pas la tête devant le pouvoir militaire au Nigéria pour défendre « le petit peuple des ghettos », celui là même qui regarde avec tristesse les grandes entreprises pétrolières internationales piller avec ignorance et pollution les ressources naturelles de son pays avec la bénédiction du gouvernement nigérian… http://www.afrik.com/article7809.html
Ciné Droit Libre avec son espace militant dédié à la musique, c’est aussi un concert débat avec Sam’s K le Jah, artiste burkinabé et homme de médias engagé, qui rend hommage à Peter Tosh à travers le film « Stepping Razor red X » qui retrace la vie de Tosh, assassiné pour son engagement à combattre le système d’oppression installé en Jamaïque. Sam’s K Le Jah reprend alors en concert les chansons de Peter Tosh, traduites en français, avec un ton plus que militant à l’Atelier Théâtre Burkinabé, une des rares scènes à Ouagadougou où il peut se produire pour dénoncer l’impunité et la corruption des « grands » hommes du pays… http://www.samsklejah.com
Ciné Droit Libre, c’est aussi un encouragement aux jeunes cinéastes et journalistes désireux de réaliser des films sur la réalité des droits humains et la liberté d’expression sur le continent africain, à travers un concours original décernant un prix de 2, 5 millions de FCFA au meilleur projet de film (documentaire ou de fiction) pour sa réalisation. Lauréat de l’édition 2007, « Le recueillement » de Aziz Nikiéma, documentaire burkinabé qui dresse le portrait des femmes en noirs, qui se recueillent chaque premier dimanche du mois sur la tombe de Norbert Zongo, pour clamer vérité et justice de ce journaliste burkinabé assassiné mais aussi pour d’autres crimes impunis... http://www.rsf.org/article.php3?id_article=727
Nous sommes le 6 juillet 2008, le Festival Ciné Droit Libre prend fin au pays des Hommes Intègres, au cœur de la capitale sankarienne. « Sankara, l’homme intègre » de Robin Shuffield, le Che africain qui a bousculé l’Afrique et les africains avec ses idées novatrices, son franc parler, son humour, sa fougue et son altruisme. Thomas Sankara, jeune chef d’état africain assassiné en 1987, pour avoir été trop vite et trop loin dans sa volonté de changement, tant au Burkina que sur le plan international, en prônant l’auto-suffisance alimentaire, l’éducation et la santé pour tous, en dénonçant le néo-colonialisme ambiant et la corruption des chefs d’état africains, en refusant l’ordre des grandes organisations internationales, en défendant des idées avant-garde dites telles que la reconnaissance des femmes et de leurs droits dans une société gouvernée par les hommes… http://www.sankara20ans.net/
Et pour conclure Ciné Droit Libre, les mots de Sam’s K Jah lors de son concert : « Ceux qui ont emprisonné Moussa Kaka sont plus prisonniers que Moussa Kaka ». « Ceux qui ont assassiné Sankara sont morts et Sankara est vivant !»
Pour que la défense des Droits de l’Homme et de la Liberté d’Expression ne soit pas vaine…
Un Festival riche pour un article limité, toutes l’info sur les films et les invités: http://festivalcinedroitlibre.blogspot.com/